AFRO DESCENDANCE: Un phénomène séculaire qui marque aujourd’hui le retour de l’Afrique

On dit d’une personne qu’elle est afro descendante lorsqu’elle est issue de parents ou d’ancêtres d’origine africaine. Ils sont nombreux aujourd’hui, ces africains-américains à rejoindre la terre de leurs ancêtres. Si le phénomène fait grand bruit sur la toile, il ne date néanmoins pas de nos jours.

Il y a de cela quelques années, le Ghana déclarait l’année 2019 « année du retour » pour les descendants d’esclaves. Une façon d’inciter les afro descendants du monde entier, et plus particulièrement des États-Unis à revenir au Ghana. C’est la démarche entreprise par un frère et sa sœur, centenaires, qui ont décidé de renouer avec l’Afrique. Ils sont aussi les derniers témoins du massacre du Tulsa, aux Etats-Unis, le 31 mai 1921 où des milliers d’africains américains ont été massacrés par des blancs qui craignaient une suprématie venant de noirs revenus de la Première Guerre Mondiale, qui se sont installés dans le quartier de Greenwood, à Tulsa, armés et fortunés.

Le Ghana devient ainsi le premier pays africain à ouvrir ses portes aux personnes d’ascendance africaine de part le monde. En 2014, on estimait à plus de 3.000 le nombre d’africains américains et autres personnes d’origine caribéennes vivant au Ghana où la population est d’environ 27 millions. 

Quelle qu’en soit la raison, le Ghana, premier pays de l’Afrique subsaharienne à se débarrasser du joug colonial en 1958, est devenu la destination préférée de membres de la diaspora à la recherche de leurs racines africaines et d’un foyer spirituel. Certains ont réussi à remonter à leurs origines familiales grâce aux tests génétiques. Mais pour la majorité qui choisissent de s’y installer, le sentiment d’être chez soi est très agréable.

Parmi ces afro descendants amoureux de la côte de l’or, « Gold Coast » ancienne appellation du Ghana, il y a Rita Marley, l’épouse de Bob Marley qui vit au Ghana depuis 1990.

Elle y avait déménagé avec la famille de Bob Marley et détient aujourd’hui le nom ghanéen, de Nana Afua Abodea car en 2013, elle avait demandé et obtenu la citoyenneté ghanéenne.

Rita Marley est également propriétaire d’une maison à Aburi, au Ghana et a aussi créé un studio intitulé « Studio One » dans la capitale Accra, en mémoire de son mari. Mieux, au Ghana, elle dirige une organisation à but non lucratif et sa fondation, The Rita Marley Foundation, soutient des actions caritatives.

« C’est le paradis », avait – elle déclaré pour justifier sa décision de vivre au Ghana. «Je me vois toujours comme une Jamaïcaine, mais l’Afrique est nos racines et j’ai toujours attendu cette transition avec impatience…», a-t-elle précisé.

Au Benin du Vodoun

Si beaucoup d’africains descendants d’esclave veulent retrouver aujourd’hui la terre de leurs ancêtres, au Benin où le vodoun incarne le summum de la spiritualité traditionnelle, les afro descendants ont un regard beaucoup plus touristique et spirituel.

Des haïtiens pour la plupart qui ont gardé le vodoun de leurs ancêtres d’Afrique, reviennent chaque année se reconnecter avec les divinités du Dahomey.

A la fête du vodoun, chaque année à Ouidah dans le sud du Bénin, d’où le vodoun s’est expatrié avec l’esclavage, de nombreux afro descendants y voient un accès direct à leurs ancêtres et à leur origine africaine.

En effet, lors de la cinquième conférence d’Africa Mondo dans le cadre du MHNA Bénin, le jeudi 14 février 2020, en plein air, les descendants d’esclaves noir ont vécu une ambiance dès plus chaleureuse de retrouvailles entre béninois et afro descendants avec la Famille Jah, pionniers du retour des afro descendants sur le continent, selon Dafnee BORGELA, ancienne présidente de l’association des Haïtiens du Bénin, et Akosudé Horace KOUGNIAZONDE, Juriste Lobbyiste, Afropreneur.

Pour preuve ADN

D’autres afro descendants nord-américains, loin de revenir faire du tourisme, n’hésitent pas à changer de nationalité dès qu’ils ont la preuve ADN de leur origine africaine.

C’est le cas en 2020 du rappeur africain-américain LUDACRIS de son vrai nom Christopher Brian Bridges qui a obtenu sa nationalité gabonaise. A l’époque, la toile s’est même longtemps délecté de voir le rappeur agiter son passeport gabonais aux cris de  » Zamunda » en référence au pays africain d’Eddie Murphy dans le film « Un prince à New York ».

Le rappeur n’avait jamais caché son attachement à l’Afrique et surtout à la culture du continent noir. D’autres membres de la famille de Christopher Brian Bridges notamment, sa mère et ses deux filles ont également obtenu la citoyenneté gabonaise. D’ailleurs l’épouse de la star américaine est de nationalité gabonaise et se nomme, Eudoxie Mbouguiengue.

Sur le réseau social Instagram, la Star poste ensuite comme message : « Nos ancêtres n’ont jamais abandonné la foi. On ne pourra jamais emprisonner nos corps ni nos esprits. Ils m’ont permis de revenir ».

Avant lui, c’est l’acteur africain-américain Samuel L. Jackson qui a obtenu la nationalité gabonaise. La star d’Hollywood aurait découvert suite à un test ADN que les origines de ses ancêtres remontaient au peuple Benga au Gabon. Il a également par la suite eu son passeport gabonais et l »acteur a même été accueilli à l’époque par feu Omar Bongo, alors président de la République du Gabon.

Mais certains africain -américains de retour sur la terre de leurs ancêtres, ont tendance à affirmer que « nous avons tant fait pour les USA mais ils ne nous considèrent pas comme des citoyens égaux ».

Plusieurs années auparavant

Au tournant du 19ème siècle, les africains en esclavage arrachent leur liberté aux Etats-Unis. Alarmés par le nombre grandissant de noirs libres dans une Amérique qui prône la suprématie blanche, les autorités répondent favorablement à la volonté de certains noirs de retourner en Afrique et créent l’American Colonizing Society dont le but est de favoriser le retour en Afrique, des esclaves affranchis.

L’un des pionniers du  » Back to Africa » aura été Marcus GARVEY (1887-1940). En 1917, le jeune jamaïcain, militant de la cause noire depuis plusieurs années, fonde aux États-Unis l’Association universelle pour l’amélioration de la condition noire (United Negro Improvement Association, UNIA, toujours en activité).

Il devient l’un des leaders du panafricanisme et fonde en 1919 la Black Star Line, une compagnie maritime destinée à organiser le rapatriement des Afro-Américains vers l’Afrique. Il crée aussi deux journaux, dont The Negro World qui donne des nouvelles de l’UNIA partout où elle se trouve.

Précurseur du panafricanisme, il se fait le chantre de l’union des noirs du monde entier à travers son journal The Negro World et le promoteur obstiné du retour des descendants des esclaves noirs vers l’Afrique, appelé le « Back to Africa ».

A l’époque le Ku Kux Klan multipliait encore ses exactions sur les africains-américains et Marcus GARVEY a commencé par mobiliser les descendants d’esclave pour le grand retour vers l’Afrique car il ne croit pas que les noirs ont un avenir en Amérique.

L’ascension de Garvey est freinée en 1922 avec le projet de la Black Star Line la compagnie maritime qui devrait amener tous les africains-américains vers l’Afrique. Il sera alors accusé d’escroquerie envers les actionnaires de la Black Star Line. En 1925, il est condamné pour opérations frauduleuses dans l’organisation de ses services de transport et de sa compagnie de navigation. Expulsé des Etats-Unis, il est accueilli en héro dans sa Jamaïque natale. Il meurt en1940 à Londres. Mais restera l’une des figures emblématique du panafricanisme.

Mais avant la tentative de Garvey, en 1822, c’est par milliers que des africains-américains retournent en Afrique. Mais l’amélioration des conditions de vie des noirs et l’abolition de l’esclavage va inciter certains à rester aux Etats-Unis. Ce sont tout de même 12000 d’entre eux qui vont rejoindre cette terre de l’Afrique de l’Ouest qui représente la liberté et qui fût par conséquent baptisé Libéria.

En 1847 ceux qu’on appelle les américo-libériens ont déclaré leur indépendance au dépens des autorités américaines et fondent la République du Libéria.

Avant eux, d’autres afro descendants ont fondé la ville de Freetown en 1792 qui devint la capitale de la Sierra Leone. La Sierra Leone était historiquement habitée par les Mendé, les Temné et d’autres groupes indigènes entrés en contact avec les négociants portugais, hollandais, anglais et français au cours des 15, 16 et 17èmes siècles.

Mais que ce soit au Libéria comme en Sierra Leone, les rapports entre les indigènes et les afro descendants sera conflictuels et sources de ségrégation.

Les descendants d’esclaves voulaient garder la culture américaine tandis que les autochtones indigènes prônaient la culture locale issue des us et coutumes.

Camara Laye a même dit « Rien ne rime, mais tout dépend de l’esprit dans lequel on l’accomplit » .

Environ 200  millions de personnes vivant aux Amériques se déclarent d’ascendance africaine, d’après l’ ONU. Des millions d’autres elles, vivent ailleurs, en dehors de l’Afrique et sont souvent victimes de racisme et de discrimination. L’Assemblée générale de l’ONU a d’ailleurs proclamé 2015-2024  « Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine » pour promouvoir le respect et la protection de leurs droits fondamentaux. 

Eric K.

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